Le piège de la priorité
Le choix multiple est‑il le meilleurchoix ?
Le piège du menu déroulant Priority
Une histoire de startup
Invariablement, vos administrateurs Jira proposeront une solution : voilà un champ déroulant Priority ! (Astuce pro pour les devs d’entreprise : il peut s’appeler Priority2 ou P-level.)
Curieusement, 100 % des entreprises se limitent à P1, P2, P3, P4 ou Low, Med, High, and Critical — apparemment il n’existe pas d’autres options.
Une liste codée en dur de quatre choix ? D’accord. Testons cela pendant quelques semaines…
2 jours plus tard
Dans un revirement choquant pour personne, l’organisation a découvert un ticket avec une priorité supérieure, obligeant à un petit bricolage : ajouter P0, ou Critical Max+ !
3 jours de plus
Notre intrépide patron a eu des réunions et des découvertes passionnantes à la conférence !
Il a fini par dénicher une priorité encore plus haute que P0 !
Depuis, l’équipe travaille d’arrache‑pied à déterminer comment nommer cette nouvelle priorité.
Peut‑être -1 ? Non, non. C’est trop confus (P-1 vs. P1). D’accord, que diriez‑vous de P0.5, non ?
Dans un moment « inspiré », l’équipe a inventé une priorité supérieure : le double zéro !
Désormais appelée la priorité P00.
Avant la crue
Avant que quiconque ne s’en rende compte, votre équipe se retrouve submergée de tickets P00 !
Et si la priorité n’était pas un choix multiple ?
Comment mieux représenter un concept humain en perpétuel changement et fluide comme la Priority ?
- Dans le monde réel, les priorités bougent constamment et évoluent en fonction de nouvelles informations, de changements de marché et des objectifs organisationnels.
- Il existe souvent une interaction complexe entre l’urgence, l’importance, la disponibilité des ressources et l’analyse coût/risque qu’un simple menu déroulant ne peut saisir, surtout sur le long terme. (Dégradation des tickets.)
- Différents acteurs peuvent avoir des avis contradictoires sur ce qui constitue une haute priorité, rendant une approche « taille unique » inadaptée.
Et après ?
Plusieurs approches alternatives méritent d’être étudiées, du moindre au plus coûteux :
- Pour offrir plus de marge de manœuvre, choisissez une valeur de départ « neutre », par exemple 100 ou 1 000. Vous pourrez toujours augmenter ou diminuer le nombre.
- Ou partez de zéro, où les nombres plus élevés indiquent une priorité plus forte.
- Mettez en place un système de priorisation multidimensionnel qui prend en compte des facteurs tels que la valeur métier, l’urgence et l’effort requis. (Créez un score
compositepour faciliter le tri et le filtrage.) - Adoptez une méthode de priorisation dynamique, comme la technique MoSCoW (Must have, Should have, Could have, Won’t have), permettant une réévaluation régulière. (Voir aussi le Modèle Kano.)
Résumé
On accorde beaucoup d’importance à la Priorité alors même qu’elle se dégrade rapidement. Les tickets CRITICAL d’hier ne seront probablement pas les tickets CRITICAL du trimestre prochain.
Avec le temps, les tickets à haute priorité deviennent récalcitrants au nettoyage et à la maintenance. Après tout, qui veut baisser la Priority d’un élément déjà déclaré essentiel ? Sans parler de supprimer ces tickets soi‑disant inutiles… (Ouf ! Imaginez le backlog !)
J’ai constaté que de nombreuses entreprises confondent Severity et Priority. Severity décrit l’urgence (ou la sensibilité au temps).
Priority ≠ Severity. Il peut être judicieux de définir 3 à 5 niveaux de sévérité (souvent utilisés pour respecter les accords de niveau de service).
Les niveaux d’urgence aident à communiquer un impact client nul à une panne partielle/compltète du service.
Un mot d’avertissement
Déployer un champ Priority sans borne nécessite un peu de planification et de discipline !
Si vous avez déjà fait du développement front‑end, vous avez sans doute vécu une guerre de z-index.
En pratique, le z-index permet aux designers d’attribuer n’importe quel entier positif pour garantir que leurs widgets s’affichent « au‑dessus » du contenu avec un z-index inférieur.
Même une mise à jour mineure d’un composant peut introduire un changement de z-index sur son <Dialog /> – le rendant soudainement invisible. Ces situations peuvent rapidement devenir désordonnées lorsque nos composants tiers, le travail de nouvelles fonctionnalités et les contributions d’autres équipes tentent de s’out‑z-index les uns les autres.
Le z-index était autrefois limité à environ 32 000. Cependant, j’ai récemment vu un extrait avec un milliard z-index: 1000000000 !
L’inflation doit frapper durement le z-index.
Discussion
- Est‑ce une expérience de pensée valable ?
- L’idée d’une priorité qui ne cesse de croître est‑elle effrayante ? Induisante d’anxiété ?
- Est‑ce inévitable que cette approche dépasse finalement les limites d’un entier 64 bits ?
- D’autres champs (au‑delà de
SeverityouUrgency) peuvent‑ils enrichir la discussion ? - Quelle part de responsabilité revient à Jira ? Ou au contraire, quel crédit lui attribuer ?
Nous pourrions crier sur Internet : « Qui va nettoyer tous ces tickets P00 ? »
Ou bien, vous pouvez être sérieux à propos de votre backlog.
- Acceptez que 90 % de vos 1 000 tickets ne seront jamais réalisés. C’est correct.
- Archivez les tickets qui n’ont pas été touchés depuis des mois. Toute priorité/urgence initiale n’est plus pertinente. De toute façon, les tickets archivés sont souvent récupérables.
- Quand un ticket refait surface, c’est acceptable ; il a simplement vu sa priorité augmenter.
- Anecdotiquement, je n’ai constaté aucun dommage à supprimer les tickets anciens et incomplets.
- Empiler indéfiniment un backlog‑comme‑une‑base‑de‑données fait perdre l’opportunité de concentrer votre équipe et votre organisation sur ce qui compte réellement (les choses qui nous attendent). Les backlogs, par nature, regardent en arrière.
- Un backlog profond finit par ressembler à une salle de trophées Bizzaro, célébrant le bazar que vous n’expédierez jamais.